Notes de recherche — présence et autorité anglaises en Bourgogne (1429)

Date : 2026-07-26 Statut : digest pour la bible (pas de prose narrative)

Question posée : les Anglais commandaient-ils en Bourgogne en 1429, et y avait-il des troupes ?

Réponse courte

Non. Le duché de Bourgogne n'est pas un territoire occupé mais une principauté alliée. Il n'y a ni gouverneur anglais, ni administration anglaise, ni garnison anglaise permanente dans le duché. L'autorité appartient à Philippe le Bon, à son chancelier Nicolas Rolin, à ses baillis et aux seigneurs locaux.

C'est la différence décisive avec la Normandie ou le Vexin, où les Anglais nomment les capitaines, tiennent les places et rendent la justice.

Sources

Où sont réellement les Anglais en 1429

Zone Statut
Normandie Occupation, administration et garnisons anglaises
Guyenne Possession anglaise ancienne
Paris, Île-de-France Gouvernement de Bedford, garnisons
Champagne-Brie, Picardie Places disputées, présence mixte
Front de Loire Effondré après Orléans (8 mai 1429)
Duché de Bourgogne Aucune garnison, aucune juridiction anglaise

Ce qui est attesté et qui sert le roman

L'Auxois est une marche militaire

L'Auxois est le bailliage bourguignon le plus immédiatement en contact avec les régions tenues par les Armagnacs. Sa capitale, Semur-en-Auxois, est une place ducale fortifiée (donjon, tour de l'Orle d'Or), siège du bailli. Le bailliage s'étend de Nuits à Sainte-Sabine et d'Avallon à Flavigny-sur-Ozerain.

Conséquence : la vallée du roman n'est pas un arrière-pays tranquille, et la justice sur ses habitants est ducale, exercée par le bailli d'Auxois depuis Semur et par les seigneurs.

La trêve d'août 1429 ne couvre pas la Bourgogne

Trêve de Compiègne, 28 août 1429, entre Charles VII et Philippe le Bon, jusqu'au 25 décembre. Elle ne vaut que pour les pays au nord de la Seine, « depuis Nogent-sur-Seine jusques à Harefleur », Paris et quelques places exceptés. Les Anglais ont la faculté d'y accéder.

Conséquence : la fin de l'été 1429 dans l'Auxois n'est pas protégée par une trêve. Une opération y est possible sans rupture d'armistice — mais elle reste un scandale politique.

Précédent majeur : Perrinet Gressart à La Charité-sur-Loire

Le seul modèle réel d'un commandement obéissant à l'Angleterre à la lisière du duché.

  • Routier d'origine modeste, il s'empare de La Charité-sur-Loire le 26 décembre 1423.
  • Il en est capitaine au nom du duc de Bourgogne et au nom d'Henri VI.
  • Point décisif relevé par Bossuat : c'est l'Angleterre qui paie régulièrement sa solde, pas Philippe le Bon. Il devient vassal du roi d'Angleterre par la terre des Loges, en Normandie.
  • Il refuse de se soumettre aux trêves conclues entre Charles VII et la Bourgogne, ce qui gêne la politique de Dijon.
  • Automne 1429 : il met en échec le siège de Jeanne d'Arc devant La Charité (novembre-décembre), après la défaite de son lieutenant François de Surienne à Saint-Pierre-le-Moûtier.
  • Il ne passe au service de Charles VII qu'en 1435.

La Charité est à une centaine de kilomètres de Châteauneuf. En septembre 1429, elle est tenue depuis six ans par un capitaine payé par Rouen dans une place que le duc considère comme sienne.

Des troupes anglaises ont marché en terre bourguignonne

Cravant, 31 juillet 1423 (Auxerrois, terre bourguignonne) : une armée anglo-bourguignonne — Anglais de Salisbury et Willoughby, Bourguignons de Toulongeon, Chastellux et Perrinet Gressart — écrase les Armagnacs.

Modèle valide : armée de campagne alliée de passage, ou retenue d'un officier en mission. Modèle invalide : garnison installée qui commande.

Coopération continue

La thèse de Lobanov établit l'ampleur et la continuité de la coopération militaire anglo-bourguignonne de décembre 1419 à septembre 1435 : campagnes conjointes, envoyés, commissaires, subsides. Des Anglais circulent donc en Bourgogne — comme alliés, hôtes et ambassadeurs.

Ce qui ne passe pas (garde-fous pour le manuscrit)

  1. Un capitaine anglais qui arrête, emprisonne et fait battre des sujets du duc de sa propre autorité. La justice appartient au seigneur, au bailli d'Auxois et au duc. Un tel acte serait un incident diplomatique majeur avec Dijon.
  2. Le vocabulaire de l'occupation appliqué au duché.
  3. Un villageois de l'Auxois qui se vivrait comme occupé. Il voit les Anglais comme des alliés lointains, souvent mal aimés — pas comme des maîtres.
  4. Une garnison anglaise installée à demeure dans une forteresse ducale : c'est le projet que le roman prête à Harcourt, jamais un fait acquis.

Solution retenue pour le roman

Harcourt n'est pas capitaine de Châteauneuf. Il est en commission, présent par congé du duc, avec sa retenue campée à part. Tout acte de contrainte passe par une main bourguignonne visible : le sceau de messire Guyot, les sergents d'Oudot de Blaisy. Son autorité est empruntée, et c'est précisément ce qui la rend fragile au dénouement.

Point secondaire signalé

La langue du dossier. L'administration lancastrienne en France écrit en français et en latin, y compris ses montres et ses états de place. Un relevé en anglais reste défendable pour un rapport privé entre Anglais circulant dans leur propre chaîne, ce que précise déjà ../bible/monde/regles.md. C'est le second endroit où un lecteur érudit peut tiquer ; le choix est assumé pour la mécanique du récit (Perrin ne peut pas faire lire les feuillets au premier clerc venu).